Le festival de Toulouse, une fête vraiment « empreinte de la convivencia » ?

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Intervention de Maxime Le Texier au conseil municipal du 19 juin 2026

Chers collègues,

Vous nous demandez d’approuver une série de conventions pour le Festival de Toulouse, que vous décrivez comme « une fête musicale, toujours empreinte de la convivencia chère à Toulouse, reconnue par le label UNESCO Ville des Musiques ».

Cela fait longtemps qu’on regarde ce festival qui a une spécificité, un festival en régie directe : une initiative voulue, créée et pilotée à 100 % par la mairie.

Et il est temps d’intervenir.

Convivencia donc, ça ressemble à quoi: trois salles fermées dans lesquelles se répartit la programmation : le Casino Barrière, la Halle aux Grains et Saint-Pierre-des-Cuisines. Drôles de lieux pour une convivencia toulousaine qui s’exprime davantage dans ses rues, ses bars, ses places, ses parcs.

Convivencia, vous nous proposez 12 concerts dont le prix des places varie de 15 euros, en tarif réduit sur des emplacements à visibilité limitée et j’insiste là dessus, jusqu’à 95 euros dans le carré diamant de la Halle aux Grains. Monsieur le Maire, avec un tarif moyen autour de 30€ par spectacle, ce festival ne s’adresse certainement pas à tout le monde.

Vous me direz que c’est gratuit pour les enfants de moins de 13 ans. Encore heureux que cela est gratuit pour les enfants et encore ils n’ont pas le droit au carré diamant ou or mais je comprends les enfants de moins de 16 ans sont dangereux!

Convivencia toujours, quel lien avec le tissu culturel local, les associations, quelle co-construction du projet ? Voyons cela.

On ne trouve trace que d’une remarque du directeur artistique qui parle de vocation de transmission et nous explique que cette vocation de transmission se traduit par, je cite, des “rencontres hors les murs organisées dans plusieurs centres culturels”. Bon pas de co-construction, pas d’événement co-organisé mais bon.

Je consulte le programme et, en effet :

– une rencontre avec Les Sacqueboutiers au centre culturel de la Brique Rouge à Empalot ;
– une rencontre avec Pascal Contet au centre culturel Saint-Cyprien.

C’est vrai que, lorsqu’on dit « plusieurs », cela commence à deux. Ouf, c’était moins une.

Passons à un autre élément gênant de ce festival : la transparence sur son budget.

Quel est le coût réel de ce festival pour chaque Toulousaine et chaque Toulousain ? On parle de 400 000 euros de subvention publique sur un budget de 900 000 une fois la billetterie rentrée. Vous confirmez?

Et pour combien de Toulousaines et Toulousains ? Combien d’enfants ? Combien de familles ?

Comment remplit-il les missions d’accès à la culture et à la créativité des publics les plus vulnérables, missions auxquelles vous vous êtes pourtant engagés en faisant adhérer Toulouse au réseau des Villes créatives de l’UNESCO ? Vous pouvez vérifier : c’est écrit très clairement dans les objectifs du label.

Nous voulons des réponses précises et chiffrées.

Monsieur Moudenc, pour éviter une gestion erratique de la politique culturelle de la ville, peut-être devriez-vous demander conseil aux acteurs culturels toulousains qui, eux, remplissent des tableaux d’évaluation, mesurent l’efficacité de leurs projets, rendent compte de leur action sur tous les territoires, accompagnent les jeunes créateurs et soutiennent la création jeune public.

Comparons par exemple avec le Théâtre du Grand Rond, que vous tentez d’abattre par tous les moyens à votre disposition et sur lequel M. Briand vient encore de jeter la suspicion, théâtre qui se débrouille depuis des années avec une subvention de 5 euros par spectateur.

Comparons avec le festival “Un été à la croisée des parcs” qui propose un événement gratuit au public à Bellefontaine pour un budget autour de 20 000 euros.

Comparons même avec Rio Loco, ses 100 000 spectateurs, vous le disiez vous-même et ses 12 euros pour 6 concerts.

Comparons avec feu le festival “Racines” qui apportait tellement à nos quartiers.

En tous les cas, le festival de Toulouse ne doit pas rester une boîte noire.

En résumé, nous aurions aimé voter une délibération qui entérine des partenariats nombreux et ambitieux. Nous aurions aimé voir signées des conventions avec la multitude des acteurs culturels toulousains qui travaillent d’arrache-pied dans les quartiers, notamment les plus populaires, qui inventent sans cesse de nouvelles façons de transmettre les cultures et de créer du lien.

Mais non, ce Festival de Toulouse, que vous avez seul souhaité, traduit une vision dépassée de la culture : une culture faite par une poignée, concentrée dans quelques lieux, destinée à quelques-uns seulement.

Une culture de l’entresoi, quand notre époque troublée exige exactement l’inverse : une culture ouverte aux autres, à toutes les diversités, présente dans tous les territoires et accessible à toutes et tous.

Sur ce point, Monsieur le Maire, vous n’êtes toujours pas à la hauteur des enjeux.